– Épuisé
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Hauteur : 97 cm / Largeur : 77 cm / Profondeur : 30 cm
Ce relief de grande ampleur de Namasangīti, entièrement sculpté à la main dans un seul bloc de bois de magnolia champaca, illustre avec une rare ampleur et une maîtrise remarquable la vitalité de la sculpture newar contemporaine dans la vallée de Katmandou. Par ses dimensions, la profondeur de sa taille et la richesse de son iconographie, il se distingue nettement de la plupart des productions contemporaines et s’impose comme une œuvre exceptionnelle.
Au centre de la composition se tient Mañjuśrī Namasangīti, incarnation de la sagesse transcendante, représenté sous un torana finement sculpté. À proximité immédiate de sa tête apparaît Hamsa Raja (Hansha Raj), figure discrète mais significative, traditionnellement associée aux qualités de discernement et de connaissance.
Show MoreL’iconographie de Namasangīti occupe une place singulière dans la tradition bouddhique de la vallée de Katmandou. Si le texte du Namasangīti est connu dans l’ensemble du monde vajrayāna, sa traduction sous forme de reliefs sculptés monumentaux d’une telle complexité demeure avant tout une spécialité de la sculpture newar.
Le Namasangīti compte en effet parmi les textes majeurs du bouddhisme vajrayāna. Il se présente comme une longue litanie de noms et d’épithètes de Mañjuśrī, célébrant la sagesse éveillée dans la multiplicité de ses manifestations. Plus qu’un simple texte dévotionnel, il constitue une véritable synthèse doctrinale, dans laquelle la sagesse ultime est conçue comme à la fois unifiée et infiniment déployée. Dans la tradition newar, cette densité conceptuelle a donné lieu à des interprétations sculptées particulièrement élaborées, faisant du Namasangīti un sujet privilégié pour des compositions destinées à une lecture à la fois visuelle, symbolique et méditative.
La figure centrale de Mañjuśrī Namasangīti se distingue par une organisation complexe et rigoureuse de ses bras et de ses mains, qui constitue l’un des axes majeurs de la composition. Les mains inférieures, reposant dans le giron, tiennent un récipient en forme de bol, conçu comme un réceptacle de la sagesse ultime, un espace où la connaissance est recueillie, contenue et rendue disponible à la contemplation.
Juste au-dessus, une autre paire de mains est orientée vers ce récipient dans un geste de versement ou d’offrande, suggérant une sagesse transmise, déposée ou continuellement nourrie. L’articulation entre ces deux niveaux exprime un processus dynamique : la connaissance n’est pas simplement conservée, mais sans cesse renouvelée et actualisée.
Sur les côtés du corps, plusieurs mains se déploient latéralement selon des gestes ouverts et différenciés. Certaines, paumes tournées vers l’extérieur, évoquent l’accueil, la protection ou la diffusion, tandis que d’autres adoptent des positions de démonstration et de clarification. Ces gestes latéraux traduisent la mise en œuvre active de la sagesse dans le monde, prolongeant l’enseignement central dans toutes les directions de l’espace.
Au niveau de la poitrine, les mains frontales adoptent un geste d’enseignement et d’exposition, exprimant l’énonciation du Dharma et la formulation intelligible de la doctrine. Elles constituent le cœur discursif de la figure, reliant la sagesse recueillie et méditée à ses modalités concrètes de transmission.
Enfin, au sommet de la composition, une paire de mains est levée et jointe au-dessus de la tête dans un geste de vénération orienté vers le principe ultime. Ce geste inscrit Namasangīti dans une dimension cosmique et transcendante, rappelant que la sagesse enseignée et diffusée procède d’une source supérieure.
Pris dans leur ensemble, ces gestes forment un système cohérent. Les mains inférieures recueillent, les mains intermédiaires nourrissent, les mains latérales diffusent et mettent en action, les mains centrales enseignent, et les mains supérieures consacrent. Cette organisation visuelle offre une traduction sculptée de Namasangīti conçu comme principe générateur, ordonnateur et diffuseur de la sagesse bouddhique.
Au-dessus de la figure centrale s’élève Garuda, tandis que les Cinq Bouddhas de méditation (Dhyāni Bouddhas) dominent l’ensemble depuis le sommet du relief.
Directement sous la figure centrale se tient Avalokiteśvara. Cette disposition établit un dialogue fondamental entre la sagesse (prajñā) et la compassion (karuṇā), principe structurant du bouddhisme mahāyāna et vajrayāna. L’alignement vertical — d’Avalokiteśvara à la base, à Namasangīti au centre, puis à Garuda et aux Cinq Dhyāni Bouddhas au sommet — articule une hiérarchie spirituelle d’une grande cohérence.
Dans le registre inférieur, sur le côté gauche, Mañjuśrī apparaît dans une posture active et maîtrisée, incarnant la sagesse en action. Sur le côté droit, Maitreya, le Bouddha du futur, est représenté debout dans une niche verticale, introduisant une dimension temporelle essentielle et reliant la sagesse présente à l’éveil à venir.
Le relief déploie enfin une profusion de figures — divinités secondaires, musiciens célestes, gardiens et êtres mythologiques — organisées avec une remarquable clarté spatiale malgré la densité de l’ensemble iconographique.
Atteignant une profondeur d’environ 30 cm, la sculpture permet un jeu élaboré de plans successifs et de contrastes d’ombre et de lumière, conférant à l’œuvre une présence véritablement monumentale. Le bois de magnolia champaca, recherché pour la finesse de son grain et sa durabilité, est ici exploité à un niveau exceptionnel, sa chaleur naturelle mettant en valeur à la fois la délicatesse des détails et la force architecturale de la composition.
Par l’ampleur de sa conception, la rigueur de son iconographie et le niveau d’exécution atteint, ce relief s’impose comme une œuvre majeure de la sculpture newar contemporaine. Réalisé sur une période de près de six mois par un maître sculpteur, il témoigne d’un savoir-faire d’un très haut niveau.
Collections: Sculptures sur bois épuisées
Catégorie: Art , Newari , Wood carving
Types de produits: Sculpture sur bois